Manger pour conjurer la peur d’avoir faim


Maintenant que je mange de manière régulée depuis plusieurs semaines, je me rends compte que je suis ce que Zermati et Apfeldorfer appellent un « grignoteur ». C’est à dire que je mange très peu de plein de choses différentes, et assez souvent.

Si j’écoute vraiment le goût de ce que je mange, je me rends compte qu’il me faut très peu de chaque aliment avant que le plaisir disparaisse.

Prenons l’exemple d’un repas type : des carottes râpées, des pâtes, une omelette, du fromage et une crème caramel. Si j’écoute vraiment le goût des carottes, je vais les trouver bonne pendant 2 bouchées, puis la 3ème va être moins bonne, et dès la 4ème, j’ai l’impression que c’est nettement moins bon.

C’est à ce moment-là en général que j’entends la petite voix qui dit « tu sens comme c’est pas bon ? Tu peux pas continuer à manger ça alors qu’il y a de si bonnes choses après ! »

Donc 4 bouchées de carottes râpées. Et encore, je fais de petites bouchées, que je mâche lentement. Sinon, c’est vraiment asocial, d’une part, et puis comme ça aussi j’ai moins à attendre avant que les pâtes arrivent.

L’autre jour je me disait qu’avec un mode d’alimentation pareil, ce n’est pas étonnant que j’ai eu des problèmes de régulation dès mon jeune âge.

Je te donne un exemple :

Dimanche dernier, fête de famille. Ma mère a préparé de quoi faire manger mes enfants avant le (trop) long repas. Elle continue de préparer le déjeuner des adultes pendant qu’elle surveille les petits du coin de l’oeil. Mon plus jeune, après quelques bouchées de sa tranche de jambon, repousse son assiette et réclame le dessert.

Ma mère (la personne qui m’a élevée, donc) s’exclame : « C’est tout ce que tu manges ? Finis ton assiette, tu vas avoir faim plus tard. »

Euh…
Ah oui ?

Voyant mon regard un peu ahuri, elle se tait, craignant sans doute une empoignade avec moi sur ce sujet sensible, et le laisse manger tranquillement sa salade de fruits.

Pire encore, environ une heure plus tard, mon fils, le même, vient me réclamer à manger. Et là, de l’autre côté de la table vient la voix de ma mère, automatique : « Bin on sort de table ! Tu vois, je t’avais bien dit de finir ton assiette ! »

Mon sang n’a fait qu’un tour ! Alors comme ça, depuis ma plus tendre enfance, on m’aurait inculqué qu’il faut dépasser sa faim pour être sûre de ne pas avoir faim plus tard ?

Mais ça ressemble étrangement à ce que je fais depuis des années !

Pas étonnant, avec ce genre croyance, que j’aie si peur d’avoir faim !

Pas étonnant que jusqu’ici, je faisais tout pour éviter cette sensation horrible !

Pas étonnant que ce soit si difficile pour moi d’abandonner de la nourriture dans mon assiette !

Depuis ce jour-là, miraculeusement, je n’ai plus peur d’avoir faim. Depuis cette prise de conscience, la sensation de faim ne me donne plus l’impression que je vais m’évanouir.

Le plus hallucinant : ce jour-là, je me suis rendue compte, moi qui vit dans un pays d’abondance indécente, que j’ai vécu 35 ans avec l’impression que je pourrais mourir de faim à tout moment.

Espérons que je n’ai pas déjà transmis cette croyance horrible à mes enfants malgré moi…

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Commentaires des Lecteurs

A tous les jours, je vais voir si tu as déposé un nouveau post. Je me reconnais tellement dans tes écrits. Je suis à mettre en pratique les consignes du livre « Mangez! » de Guylaine Guèvremont et je découvre tout plein de bonnes choses. Ça été une découverte pour moi de me faire confiance et de réaliser qu’il y a toujours de la nourriture chez moi comme à l’épicerie. Et surtout, que je ne suis pas une poubelle. Quand je n’ai plus faim, la nourriture va aux vidanges plutôt que de m’obliger à terminer mon assiette.

Une fois de plus super intéressant ce que tu développes. Il faut que je travaille ça…Oui vraiment super intéressant

@Valérie : Je suis ravie que tu trouves ça intéressant ! Figures-toi que je commence même à perdre du poids, tout doucement.

@Marie-Jo : Bienvenue ! Et bravo d’avoir réalisé que tu n’étais pas une poubelle. Moi aussi, ça a été une grande découverte pour moi !

Mais c’est tout à fait ça !!!

Je revois ma maman, lorsque ma soeur et moi étions petites, nous servant des assiettes énormes, en nous disant qu’IL FALLAIT TOUT MANGER !!!

J’ai une puce de 20 mois et je dois dire que je suis paniquée quant à son alimentation. Elle est toute potelée et adore manger. Je ne la prive de rien, car je lui fais confiance, elle sait tout à fait s’arrêter lorsqu’elle est rassasiée et ça, c’est une sensation que je ne me pardonnerai JAMAIS de lui enlever !!!

Bonjour Samia,
Je découvre ton blog à l’instant et je voudrais te dire un grand merci ! Comme c’est bon de lire quelqu’un en se reconnaissant mot pour mot dans son discours. C’est incroyable. Ton humour est réconfortant. Je me sens moins seule dans mes délires kilogramesques et cellulitesques. Trouves toi un éditeur je suis certaine que tu cartonnerais.