Finis ton assiette si tu veux un dessert !


Déjeuner improvisé avec ma mère. Mes trois garçons, mon mari, elle, moi. Ça fait une belle tablée.

Mes deux ainés ont engouffré leur feuilleté au chèvre et aux épinards surgelé/réchauffé et sont partis jouer en attendant le dessert. Le cadet, lui, a éventré son feuilleté pour ne manger que ce qu’il préfère : la pâte. Depuis 5 minutes, je l’observe, qui caresse sporadiquement la farce d’épinards industrielle et trop salée avec sa fourchette.

A le voir, je me rends compte que moi aussi je me suis forcée à le finir, ce feuilleté lourd et légèrement écœurant.

– Tu n’es pas obligé de finir, tu sais, si t’en veux plus.

Un grand soupir de soulagement sort de son petit corps. Il s’affaisse dans sa chaise et d’un murmure plaintif, me souffle « j’en veux plus, j’ai trop mangé. Je voudrais un dessert ».

Sur ce, ma mère prends sa fourchette et entreprend de lui glisser nonchalamment des épinards dans la bouche. Docile, surtout quand il s’agit de manger, mon fils ouvre la bouche et se laisse donner la bequetée.

– Maman, ne le force pas à manger !

L’indignation pointe dans ma voix. Je me sens redevenir petite fille. C’est donc ça : un enfant qui dit je n’ai plus faim, j’en veux plus, ce n’est pas recevable pour elle. Ca explique plein de choses…

Je la sens qui se retient déjà de sanctionner cette assiette encore pleine par une privation de dessert. On s’est déjà empoignées à ce sujet. Elle sait qu’elle marche sur des œufs.

– Je ne le force pas. S’il n’en voulait pas, il me le dirait non ?

En fait non. Je suis persuadée qu’il sait qu’il doit en passer par là pour contenter sa grand mère et avoir l’absolution nécessaire à une prise de dessert.

– Bin il vient de dire qu’il a déjà trop mangé et tu lui bourre des épinards dans la bouche !

Je sens que je pourrais facilement m’énerver. Je me mets à me parler à l’intérieur, pour me calmer.

– Oui, enfin comme par hasard, il a laissé les épinards ! Peut-être que ça lui ferait du bien de manger des épinards aussi, non ?

Ah. Voilà l’argument diététique. Ne pas répondre. Surtout ne pas répondre. Ne pas lui dire que je pense dans cette farce il y a aussi plein de fromage et de sel et que finalement c’est plutôt sain qu’il ne la mange pas.

De toute façon c’est inutile : elle a posé sa fourchette. J’enchaine vite :

– Qu’est-ce que tu veux comme dessert, mon cœur ?

L’incident est clos. Mon fils a le droit de manger la compote sans sucre ajouté dont il raffole. Il en mangera même deux.

Et moi j’ai beaucoup appris sur la manière dont on devait balayer d’un revers de main mes sensations liées à la satiété quand j’étais enfant.

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Commentaires des Lecteurs

Fin des années 40 début des années 50 en plus il fallait finir parce que la nourriture avait manqué et qu’il ne fallait pas gâcher. Je me surprend encore à me forcer de terminer mon assiette. Tu as raison de rester ferme vis à vis de ta mère.

Bonjour,
Comme je me sens moins seule à lire ton blog…j’essaie également de suivre les principes de Zermati…ironie du sort ma fille de 7 ans n’a pas pris assez de poids cette année…mais je ne vais surtout pas la forcer à manger !!!!
Je suis toutefois curieuse de savoir si tu as des résultats avec cette méthode …
Bonne continuation

[…] Enfin si, je sais que j’ai intégré beaucoup de nouvelles choses dernièrement, que ce soit sur le rapport entre la beauté et la minceur ou le rapport de mes parents à la nourriture… […]