Aimer les autres pour s’aimer soi-même pour ne pas grossir


La psychothérapie, c’est bien. Indispensable même, dans mon cas. Mais bon, ne nous voilons pas la face, c’est long et laborieux. Parfois tu te balades dans les méandres de ton conscient à ressasser des trucs que tu sais déjà, sans trouver de brèche par où rentrer dans l’inconscient, là où il se passe des trucs que t’aimerais bien comprendre.

Et puis parfois, c’est la révélation. En 5 minutes, tu comprends le pourquoi du comment d’un fonctionnement qui fait partie de toi, qui t’as toujours semblé normal, avec lequel tu vis sans même y penser.

Depuis toujours, par exemple, j’ai remarqué que les gens ne me manquent jamais. A part mes enfants. Et mes petits copains au tout début, dans la phase de fusion (tu sais, la phase où rien ne peut exister sans lui, où tu penses à lui, tu vis pour lui, tu respires pour lui chaque minute de chaque journée…). Pour les autres, c’est loin des yeux, loin du cœur.

J’ai toujours trouvé ça étrange, mais en même temps, c’est bien pratique. Ca évite de souffrir, tout simplement.

Et hier, au détour d’une phrase, je me suis rendue compte que ça venait de quand j’étais petite. Mon père n’était pas là, ma mère totalement indisponible (« Sois gentille, Samia, va jouer, je suis occupée » : une de ses phrases favorites), et moi, bin j’étais toute seule.

Alors pour éviter de souffrir, j’ai décidé tout simplement de ne pas les aimer.

Extrême comme solution, je te l’accorde. Mais en même temps, terriblement efficace. Et si tu permets que je me jette quelques fleurs, plutôt astucieux de la part d’une petite fille de 4 ans. Il fallait bien survivre, et après tout, c’était une stratégie comme une autre.

Du coup, mes parents ne me manquaient pas. Longtemps, j’ai même pensé que je ne ressentirais rien s’ils venaient à mourir.

Ensuite j’ai fait ça avec d’autres : mes grands-parents qui sont partis à l’étranger, mes grands frères qui, quand ils ont quitté la maison, ne donnaient signe de vie qu’une fois tous les 3 mois. Aucun d’entre eux ne m’a jamais manqué.

Bon.

Et alors ? Ok mes parents ne me manquent pas. Ok je fais tellement bien semblant de ne pas les aimer depuis 35 ans que j’ai cru que c’était vrai. Mais et alors ? C’est quoi le rapport avec mon régime et mes tendances boulimiques ?

Eh bien il est simple.

Déjà, comment puis-je m’aimer moi-même alors que je ressemble tellement à ce père que je ne me donne pas le droit d’aimer ?

Pire encore, comment puis-je respecter mon corps et les sensations qu’il m’envoie puisque depuis toute petite, j’ai appris à nier ce que je ressentais ? Finalement, la nourriture, c’était la seule sorte d’amour que je m’autorisais.

Et enfin, pas étonnant que j’ai choisi de trop manger jusqu’à en avoir mal au ventre. Ca devait bien aider à masquer la douleur du manque, qui malgré toute l’énergie que je dépensais pour la refouler, était tapie au creux de mon estomac.

Pas étonnant que je n’arrive pas à m’arrêter de manger quand je n’ai plus faim… La nourriture, c’est ma béquille pour éviter de ressentir toute cette douleur, tout ce chagrin de petite fille à qui ses parents manquaient tellement qu’elle a décidé de ne pas les aimer.

Pas facile de vivre sans cette béquille. En tout cas, pas tant que la douleur sera là, à attendre que j’arrête de manger pour m’assaillir…

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Commentaires des Lecteurs

Samia, je suis depuis quelques temps ton parcours, qui ressemble parfois à un chemin de croix…Je te soutiens à distance. Ton post m’a vraiment émue : moi non plus je ne suis pas proche de mes parents, sans doute pour d’autres raisons, mais ce n’est pas facile à dire « J’aime pas mes parents, ils ne sont rien pour moi » : bravo pour ton courage.
J’ai toujours été une grosse, au moins dans ma tête, depuis que je suis enfant : ça fait partie de moi. J’aimerais bien sûr être mince, mais la plupart du temps je place mes autres problèmes bien au-dessus de celui ci. Pour fuir peut-être? Je n’en ai jamais parlé à mon psy. Pourtant j’ai souvent des phases « boulimiques », comme en ce moment..Je vais peut-être essayer de creuser. Bravo à toi, j’espère néanmoins que tu ne vas pas trop te torturer.

Merci pour tes encouragements.

En fait, plutôt que « Mes parents ne sont rien pour moi », que je ressens depuis longtemps, cette révélation m’a permis de comprendre que peut-être bien, malgré le fait que je n’arrive pas encore à le ressentir, peut-être bien qu’au fond je les aime, peut-être bien que je les ai toujours aimé.

Et peut-être qu’en guérissant de ça, ça m’aidera à guérir d’autres choses.

Bon courage à toi et merci encore pour ton commentaire.

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