La discrimination anti-gros dès le berceau


Hier, tout à coup ça m’est revenu. J’ai revu ma mère me racontant que petite, elle détestait les amies de sa mère et leurs bras gros, flasques et pleins de cellulite et qu’elle s’était jurée de ne jamais leur ressembler.

Récemment encore, alors que je lui demandais de m’expliquer pourquoi donc elle avait bien pu me mettre au régime à 18 mois, elle me répondit : « mais Samia, ta grand-mère paternelle, tes tantes, tu vois à quoi elles ressemblent ? Je voulais juste pas que tu deviennes comme ça ! » C’était presque un cri.

Je crois qu’elle a toujours détesté les gros.

Son aversion pour les gros était un mélange de dégoût pour les corps flasques et vieillissants, de mépris pour le manque de self-control exhibé par ses belles-sœurs et d’une colère sourde et violente envers mon père, dont je tenais la propension à grossir et qui l’avait planté du jour au lendemain, sans ressources et avec 4 gosses.

Il faut dire que tout en moi lui rappelait cet homme qu’elle haïssait : de mon caractère flegmatique, qu’elle assimilait à de la paresse, à mon nez, tordu au même endroit que le sien, je ressemble beaucoup à mon père. Et j’imagine que ça devait l’enrager qu’un homme qu’elle voulait tant pouvoir oublier se rappelle à elle sans cesse à travers sa propre fille. D’ailleurs, elle disait aussi qu’elle aurait préféré pouvoir nous donner son nom à elle. Vu que c’était elle qui s’occupait de nous, ça aurait été plus juste, disait-elle.

Mais comme elle ne pouvait changer ni mon nom, ni mon nez, elle s’est mise en tête de changer la fatalité qui voulait qu’un jour je devienne grosse, comme toutes les femmes de cette famille-là.

A table, alors qu’avec mes frères et sœurs nous mangions tous du riz au lait, j’étais la seule qu’elle surveillait, à qui elle rappelait sans arrêt « attention, tu tiens de ton père, tu as tendance à grossir ». C’était moi qu’elle regardait avec des gros yeux quand je faisais mine d’en reprendre, pas mes frères ni ma sœur, qui eux ressemblent à ma mère (et qui de toutes façons ne se resservaient pas, peut-être parce qu’eux n’étaient pas en restriction cognitive…).

Etonnamment, c’est seulement aujourd’hui que je me rends compte de l’impact que cette ambiance a dû avoir sur moi. Cela a certainement dû jouer beaucoup dans ma haine des gros et dans ma haine de moi-même en tant que grosse.

Mais jusqu’ici, pour moi, c’était juste normal. Je tenais de mon père, je serais grosse un jour, et au grand désespoir de ma mère qui trouvait sous mon lit les papiers de bonbons volés et mangés en cachette, personne ne pouvait rien y faire.

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Commentaires des Lecteurs

Vraiment par hasard j’arrive sur ton blog… je prends le lien rss et demain je le lis depuis le début. Le peu que j’en ai lu m’intéresse beaucoup. Tu viens juste de le commencer non ?

Oui je viens de commencer ce blog. Merci pour tes encouragements !

J’ai tout lu ce matin 🙂 Continue, en plus cela va me faire aussi réfléchir sur ma façon d’envisager et mon poids et mes multiples régimes. Samia, tu dois avoir un autre blog non ? Parce que ce que tu écris est vraiment vivant, on sent tout de même une pro du blog (ou je me trompe ?) Ceci est un vrai compliment !