Pourrais-je encore manger demain ?


Je crois qu’une des raisons qui fait que je n’arrive pas à m’arrêter de manger alors même que je sens que j’ai plus faim, c’est que je n’arrive pas à me convaincre que demain, je pourrai manger ce que je veux si je le veux.

Je veux dire : dans ma tête je le sais. Si je ne mange pas ce millefeuille ce soir, il sera encore là demain. Et quand bien même quelqu’un d’autre l’aurait mangé, il y en aura toujours d’autres à la boulangerie.

Mais si ma tête le sait, mon cœur, lui, n’en est pas sûr. Ou peut-être qu’on pourrait parler de conscient et d’inconscient.

Prenons l’exemple d’un millefeuille qu’on me propose au dessert. J’ai déjà bien mangé, un gros curry de patate douce délicieux, et je n’ai absolument plus faim. Logiquement, je devrais dire non merci, j’ai plus faim. Sauf que dans ma tête, plein de pensées se bousculent.

Pour commencer, demain, ça sera moins bon. C’est vrai, un millefeuille qui traine depuis la veille a perdu son croquant, la crème est un peu durcie. C’est pas pareil. Et du coup j’y prendrai moins de plaisir, et je risque d’être déçue vu que j’aurais attendue pour manger ce gâteau et qu’il ne sera pas aussi bon que je l’imaginais.

Autant le manger tout de suite.

Tu vas me dire, si le millefeuille n’est plus bon, tu peux aller en acheter un autre à la boulangerie. Elle est là pour ça la boulangerie, non ?

Sauf que je me connais. Je ne me donnerai peut-être pas le droit d’aller à la boulangerie. J’aurais trop honte d’y aller 2 jours de suite acheter la même chose. J’ai pas envie de passer pour la grosse vache qui sait pas contrôler sa gourmandise. Et même en changeant de boulangerie… Déjà, les autres boulangeries sont plus loin, et j’aurais peut-être pas le courage d’y aller. Mais surtout, je sais que j’aurai honte de faire autant de trajet juste pour une pâtisserie, comme une droguée qui fait des kilomètres pour aller se chercher sa came.

Alors pour m’éviter cette honte certaine demain, je préfère m’enfiler un millefeuille sans faim. Au moins comme ça je suis débarrassée du problème dès maintenant.

De toute façon, si ça se trouve, demain, je ne serai pas seule. Et si je ne suis pas seule, y a des chances que je ne puisse pas manger ce que je veux. Il y aura peut-être mes enfants à côté, et chacun sait qu’il faut leur donner l’exemple d’une alimentation équilibrée. Et je suis sûre que tu seras d’accord que manger un millefeuille au petit dèj, c’est pas vraiment un bon exemple d’équilibre alimentaire… Une bonne mère, ça mange des Spécial K avec du lait écrémé au petit dèj, histoire de donner un bon exemple à ses enfants, non ? Tu fais pas ça toi ?

Du coup je serai obligée de me cacher pour le manger, ce millefeuille, peut-être même le manger debout dans la salle de bain. Et puisqu’en plus il sera déjà moins bon parce qu’il datera de la veille ou que j’aurais fait 5 bornes en vélo pour le trouver, bin j’y prendrai moins de plaisir, et alors je serai déçue, vu que j’aurais attendu pour le manger, que j’aurais des attentes, etc.

Ca devient beaucoup trop compliqué. Franchement, autant le manger de suite. Ca simplifie grandement le problème.

En plus de tout ça, il faut compter avec la petite voix au fond qui dit qu’il faut pas gaspiller la nourriture.  On a pas beaucoup d’argent en ce moment et on essaie de baisser la facture de nourriture au minimum. Ce n’est pas en achetant des millefeuilles tous les jours qu’on va y arriver. Surtout si c’est pour ne pas les manger !

Au final ce millefeuille, il devient quelque chose de rare, que j’ai intérêt à manger rapidos avant que quelqu’un d’autre ne le fasse.

Alors en général, je me dis que ce qui est pris n’est plus à prendre.

Et j’engloutis le millefeuille.

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