Anorexie mentale surprise ou comment perdre 13 kilos à 20 ans


J’avais tout juste 20 ans, fraichement diplômée d’un DEUG de socio inutile, et en couple avec un artiste / comédien / musicien qui commençait sérieusement à me la brouter (malheureusement seulement au figuré, monsieur ne s’abaissait pas à ce genre de pratique, tu sais, c’était un artiste).

C’était l’été et j’avais besoin d’argent, je suis donc partie à côté d’Aix en Provence faire la saison comme hôtesse d’accueil dans un hôtel.

Peut-être que c’est parce qu’il faisait très chaud cet été là. Peut-être que c’est grâce au sentiment de liberté intense que j’ai ressentie en partant vivre seule pour la première fois de ma vie.

Toujours est-il que j’ai arrêté de manger.

Au début c’était facile : je n’avais pas faim ni envie de manger. Par la suite, j’avais faim à nouveau, mais j’avais comme perdu l’habitude de manger. Le mini frigo dans ma chambrette était toujours vide, sauf pour une pomme ou deux, et parfois une petite plaquette de beurre individuelle que je ramenais de l’hôtel.

A la fin du premier mois, je ne mangeais plus qu’un plat par jour. Et j’avais déjà perdu 7 kilos.

Quelle victoire !

Pour la première fois de ma vie, la faim n’était plus cette douleur monstrueuse qui me tordait le ventre et me suppliait de manger. Pour la première fois de ma vie, j’aimais avoir faim. C’était comme un bon présage. C’était la preuve qu’enfin je réussissais à devenir ce que j’avais toujours voulu être.

Enfin je devenais mince.

La facilité déconcertante avec laquelle ça arriva me tourna la tête. Je me souviens du mépris avec lequel je regardais les femmes sur la plage. C’était si facile ! Il suffisait d’arrêter de manger et on maigrissait. Elles n’avaient qu’à faire la même chose, après tout, ces grosses vaches.

Je me souviens aussi du sentiment intense de joie, de soulagement et de puissance mêlés quand je m’achetai cette magnifique robe orange taille 36 à la fin du mois d’août. J’étais belle, avec cette robe. Je me pavanais, je draguais tout ce qui bougeait, et je finis par tromper mon copain 2 fois avant de lui téléphoner pour le plaquer pour de bon.

Je l’ai encore, cette robe, souvenir de la seule fois où j’ai été capable de porter du 36.

Parce qu’évidemment, en rentrant chez moi à l’automne, la faim impérieuse est revenue. L’énergie extraordinaire avec laquelle j’avais inhibée toutes mes sensations de faim pendant l’été, toute cette énergie s’était évaporée et je ne pouvais plus résister à la faim.

Au départ je mangeais en me disant que désormais j’étais mince, que je n’allais pas reprendre 13 kilos en mangeant une fois à MacDo avec des copines. Au fur et à mesure que les kilos revenaient, mon angoisse devenait de plus en plus palpable, m’obligeant à me gaver de chocolat pour la faire taire.

A Noël, les 13 kilos étaient tous de retour.

De cet été là, j’ai conservé la conviction profonde que je ne pourrais pas être heureuse à nouveau tant que je ne pèserais pas à nouveau 51 kilos. Depuis, j’attends de pouvoir enfin remettre cette petite robe orange.

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Commentaires des Lecteurs

trop fort, c’est trop fort…
tant de personnes t’ont déjà dit que ce que tu écrivais reflétait ce qu’elles pensaient, mais c’est vrai, et trop trop fort !!!!!
je crois que la seule différence entre toi et moi, c’est que toi ton doudou c’est le chocolat, moi c’est le saucisson et les chips…mais je commence déjà à moins aimer les chips !
effectivement suite à un rupture j’ai perdu sans souci beaucoup de poids, fait 51 kg, mis n’importe quoi en 36 et tout m’allait, dragué tout ce qui bougeait, avec succès, mais sans plaisir, juste une gargarisation de me dire que j’avais un cul d’enfer, j’en rêve encore même si ce fut sans doute le moment de ma vie ou je fus le plus triste et le plus perdue…
j’espère te suivre sur la voix de l’apaisement alimentaire…

[…] Ou peut-être que tout simplement, je savais d’expérience qu’il n’y a pas de meilleur moyen de maigrir que d’arrêter de manger. […]