Moi, mon histoire et la bouffe


Vivre en étant éternellement insatisfaite de son poids et en pensant à la nourriture 23h/24, c’est difficile. Se lancer dans une ré-éducation alimentaire toute seule, ça l’est encore plus.

Heureusement, je ne suis pas seule. Depuis quelques mois, je consulte une psychothérapeute.

J’y suis pas allée à cause de mes problèmes alimentaires au début. D’ailleurs à l’époque je ne les considérais pas comme des problèmes – un problème, c’est quelque chose qu’on peut résoudre. Mes problèmes de poids, ils étaient insolubles. C’était plutôt un état de fait à accepter comme faisant partie de ma personnalité que quelque chose sur lequel je pouvais agir.

Mais bien sûr, la bouffe est arrivée très vite sur le tapis au fur et à mesure que je découvrais des choses sur moi-même. Et des choses, j’en ai découvertes.

1. J’ai été en manque d’affection toute ma vie.

(Au passage, je sais que ça fait cliché de dire qu’on va chez le psy parce qu’on a des problèmes avec ses parents, ou qu’on est en manque d’affection… Je suis d’accord, mais j’assume ma clichitude.)

Elle était gentille, ma mère. Une bonne mère par de nombreux standards. Mais elle ne savait pas faire de câlins, n’en ayant pas reçu elle-même. Elle n’en faisait pas. Jamais. Le seul dont je souviens, c’était quand j’avais 15 ans, juste après que j’ai failli mourir lors d’une sombre histoire que je te raconterai peut-être un jour. C’est dire.

Alors j’ai vécu sans.

Et pour compenser, devine ce que je faisais ? Dans le mille. Je mangeais.

Et juste comme ça, au passage, (si t’es maman ça peut peut-être t’intéresser), je peux te dire que même si la douceur d’un bon gâteau au chocolat ressemble un peu à la douceur d’un câlin d’amour, petite, je crois que j’aurais préféré crever de faim.

2. D’autant plus qu’un malheur n’arrivant jamais seul, plus tard, j’ai effectivement crevé de faim. A ce moment-là j’étais résignée, bien sûr : la seule douceur dans ce monde de brutes adultes, elle se trouvait dans la nourriture.

Et puis mes parents se sont séparés.

Et ma mère s’est retrouvée seule avec 4 enfants, sans argent, sans boulot, avec un ex qui payait la pension alimentaire 1 mois sur 3.

Et on a eu faim. Le peu qu’il y avait, il fallait le partager en 5. Je détestais ça. D’ailleurs encore maintenant, je garde jalousement le contenu de mon assiette. Pas question qu’on m’en vole ne serait-ce qu’une miette. Mes garçons pourront te le dire : je peux devenir violente parce qu’on m’a piqué une frite dans mon assiette sans me demander la permission.

Autant te dire que je savais ce que je ferais une fois adulte.

Je mangerais. Ce que je voudrais, quand je voudrais.

A m’en faire pèter la panse.

3. Je suppose que tout ça n’aurait pas eu tant d’incidence si j’avais hérité du métabolisme de ma mère, qui peut manger tout les gâteaux au chocolat de la terre sans prendre un gramme. (Même si avec la ménopause, ça a un peu changé. Il y a tout de même une justice en ce bas monde.)

Mais j’avais hérité de celui de mon père. Et je grossissais vite. A 18 mois, j’ai débuté une longue série de régimes.

Et j’ai grandit avec des paroles douces et pleines d’acceptation du genre :

  • « Alors ma grosse, ça pousse la cellulite ? » : mon père, qui faisait en général suivre ses déclarations pleines de tendresse paternelle d’un méprisant « Mais je rigoooole, t’as pas d’humour ma parole ! »
  • « Fais attention, tu sais, tu tiens de ton père ! » : ma mère, qui détestait cordialement tout ce qui lui rappelait cet homme qui l’avait quittée du jour au lendemain, mes kilos en trop y compris.
  • « Ah oui, c’est vrai que t’es grosse… » : mon frère, qui trouvait tout simplement que je prenais trop de place à l’arrière de la voiture, vu qu’on était 4, donc forcément serrés.

C’était un lieu commun de dire que Samia était grosse. On m’appelait gentiment SDF – Samia Dodue des Fesses.

Mon combat contre les kilos, c’est là qu’il a commencé.

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